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L'avènement du masculin pluriel , ministére des affaires étrangéres - Association [Les Papas = Les Mamans]

L’avènement du masculin pluriel , ministére des affaires étrangéres

mercredi 6 juin 2007
par Gérard REVEREND
popularité : 6%

un article interressant de Christine Castelain-Meunier , sociologue , sur l’émergence d’une paternité multiple mais impliquée et sensible

NDLR :

la reconnaissance officielle de changements culturels majeurs dans la paternité et des mesures limitées quasiment à la symbolique ( livret de paternité et congé de paternité ) sont elles suffisantes pour contre balancer des mesures favorisant toutes UN parent , excluant l’autre ,y compris lors des séparations ?

la parution de cet article sur le site des affaires étrangères semble indiquer que le gouvernement français " donne l’exemple" ... de mesures TRES limitées et d’un double langage : "passéisme familial effectif et symbolique inverse " !

L’avènement du masculin pluriel

JPEG - 24.1 ko En ce début de XXIe siècle, de nombreux facteurs ont conduit à faire évoluer dans les pays occidentaux le rôle et la place des hommes au sein de la famille. Masculinité et paternité sont en pleine mutation. Cette période de transition, marquée par plus de liberté mais davantage de complexité dans les relations hommes-femmes et parents-enfants, ouvre de nouvelles perspectives d’identité et d’échanges. Elle représente une véritable révolution culturelle en particulier pour les hommes, qui peuvent désormais s’investir dans le privé.

Dans les sociétés contemporaines occidentales, fondées notamment sur l’égalité entre les sexes, l’affirmation des femmes comme sujets de droits civiques et sociaux a provoqué trois types de réactions chez les hommes : l’homme féminisé, l’homme en changement et l’homme défensif, nostalgique du pouvoir masculin traditionnel, aujourd’hui en perte de légitimité.

Les débats, en France, sur la parentalité et, au premier chef, sur la paternité, constituent un véritable mouvement culturel en soi. L’entrée en paternité est profondément marquée par les interrogations contemporaines accompagnant le passage du couple à la famille, qui, derrière les rôles, renvoient aux trajectoires personnelles et identitaires de chacun. D’autant que la famille, aujourd’hui, n’est plus centrée sur le père, mais tourne en principe autour de la conception de l’enfant "sujet" de droits. La place et la fonction du père sont un objet de controverse, tandis que l’enfant est un objet d’intérêt, y compris de la part des hommes [voir le dossier du « Label France » n°43 sur "La Révolution de la petite enfance.

Une nouvelle culture paternelle

Rappelons que la majorité des futurs pères assiste, en France et dans de nombreux pays occidentaux, à l’échographie, à l’accouchement et que, désormais, la petite enfance fait partie de la culture paternelle, ce qui n’était pas vrai il y a encore une trentaine d’années. Néanmoins, cela ne signifie pas que les pères s’occupent massivement des enfants.

Les conceptions des pères sont, de nos jours, à mi-chemin, comme ils le disent eux-mêmes, entre le type de liens ayant existé avec leur propre père (qu’ils représentent généralement comme peu communicatif) et les représentations contemporaines d’un père relationnel, plus présent, qui coache son enfant, par opposition aux modèles antérieurs du père institutionnel, distant, incarnant la loi.

A travers le temps, les anciennes institutions garantissant la puissance du père (mariage, religion, politique lorsqu’elle était un monopole masculin) ont perdu de leur influence avec l’avènement d’une société moderne, démocratique, égalitaire et attachée aux libertés individuelles. D’autre part, nos sociétés actuelles sont davantage focalisées sur l’impératif de la "bonne mère", qui pèse lourdement sur les femmes et contribue à relativiser le rôle des pères.

L’importance de l’autorité paternelle s’émousse également avec la séparation possible entre la filiation et l’alliance (cas des familles où le père n’est pas le géniteur), qui fait suite au découplage entre la sexualité et la procréation (avec le développement de la contraception, de l’avortement et de la procréation médicalement assistée).

Nous sortons ainsi d’une culture unique de la parentalité pour aller vers une diversité de formes de relations entre parents et enfants, symbolisée par les transformations familiales récentes avec, entre autres, les familles recomposées, le débat sur la place du beau-père, de la belle-mère, ou la question de l’homoparentalité. Etre parent relève désormais d’un choix culturel, d’un engagement, de prises de responsabilités par rapport aux modèles choisis, ou, tout simplement, par rapport aux situations vécues. Au plus profond de l’être et de l’organisation sociale

Ces transformations majeures ont des incidences fondamentales sur les représentations symboliques et culturelles des hommes et des femmes en général et sur la redistribution des rôles au sein de la famille, touchant ainsi au plus profond de l’être et de l’organisation de la société.

Si les anciens modèles perdurent et restent considérés, en France notamment, nous sommes cependant, aujourd’hui, loin de la société patriarcale rurale et religieuse, synonyme de puissance paternelle et de domination masculine, qui accordait d’autant plus d’importance à la filiation qu’il s’agissait d’assurer la reproduction d’une société très hiérarchisée. Nous sortons également du patriarcat industriel fondé, d’une part, sur la supériorité du chef de famille, représentant la loi et la raison, et, d’autre part, sur l’infériorité de la femme, dépourvue de droits civiques et sociaux.

On assiste aujourd’hui, dans la société française notamment, à la combinaison de ces modèles traditionnels avec cette nouvelle paternité moins attachée à la notion d’autorité qu’aux valeurs de dialogue, d’échange et d’affection. Une paternité "relationnelle", fondée sur la culture du sujet et le respect de l’autre, qui fait appel à la conscience paternelle de l’homme.

En France, des initatives gouvernementales récentes, comme la création d’un livret de paternité, pendant du livret de maternité, l’allongement du congé des pères à la naissance de leur enfant ou la promotion de la garde alternée des enfants, en cas de séparation du couple, visent à encourager cette implication des hommes dans leur rôle de père. L’avenir de leurs rapports à leur partenaire et à leurs enfants est plus que jamais entre leurs mains.

Sociologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS-CADIS) et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Christine Castelain-Meunier est à l’origine de l’initiative du livret de paternité.

Par Christine Castelain-Meunier, sociologue

Pour aller plus loin :

La Place des hommes et les métamorphoses de la famille, de Christine Castelain-Meunier, éd. PUF, Paris, 2002, 192 pages.

Inventer le couple, de Philippe Brenot, éd. Odile Jacob, Paris, 2002.

Les Hommes, une longue marche vers l’autonomie, de Daniel Welzer-Lang, revue Les Temps modernes, n° 593, 1997.

Aimer, un siècle de liens amoureux, de Florence Montreynaud, éd. du Chêne, Paris, 1997. Edition anglaise et allemande (Love), espagnole (Amar), éd. Taschen, Cologne (Allemagne), 1998.


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